Petits pas, mais précision...
Les jeunes filles se succédaient sur la diagonale, effectuant des pirouettes à en perdre la tête. Au milieu d'elles, moi, Céline, 15 ans. Plus petite que la moyenne, j'avais des rêves plein la tête. Toujours aller plus loin pour progresser même si cela signifiait souffrir un peu plus, parce qu'un jour, je serai danseuse.
Il y a quelques jours, une chorégraphe très connue est venue choisir quelques danseuses... J'ai été refusée : Désolée mademoiselle mais vous êtes trop petite. J'entends encore sa voix sur aiguë surmontée de son accent anglais raisonner dans ma tête.
J'ai longtemps pleuré ce soir là, mais la passion est toujours plus forte que le désespoir. Le lendemain, j'étais à nouveau à la barre, pour perfectionner en dehors et souplesse. Le cours de monsieur Alesch allait commencer. Nous devions travailler un pas de deux très connu avec un partenaire de notre choix. J'étais invitée à danser avec Kérhan un garçon très doué mais un peu grand à mes côtés.
Mains sur les hanches, corps qui s'effleurent, la complicité grandissait au gré des pas et de la musique. Sentir le souffle d'un garçon dans son cou, ça favorise la déconcentration. Et voilà que la dernière pirouette arabesque est ratée. Reproche du professeur, enchaînement devant les yeux critiques des autres élèves, la pression monte... Mais la pirouette est réussie.
Après deux mois de reprises successives et d'heures passées devant le miroir, ma chance se présente à nouveau, on cherche un couple pour un rôle important dans une représentation. Scotchés à un numéro de passage, la peur au ventre, Kérhan et moi attendons notre tour. Il glisse sa main dans la mienne et dépose un baiser près de mes lèvres pour m'encourager. La voix d'un homme retentit dans le couloir annonçant notre passage. Il m'emmène avec lui, me guide à travers un duo hors du temps, finit sur un magnifique porter. Mais le rêve s'achèvera vite, Kérhan sera pris et il dansera avec une autre fille que moi. Je suis jalouse et pas seulement parce qu'on me prend mon partenaire mais avant tout parce qu'une nouvelle fois on m'empêche de réaliser mon rêve...
Les vacances de noël arrivent et ce soir après les cours, je quitte Paris pour rentrer en Alsace. Quitter Paris c'est un cauchemar, finis les journées entières à danser.
Mais à force de rêver les minutes passent et mon train est sur le point de partir. Je traverse une voie, juste une, mais un convoi non annoncé arrive à ce moment là...
C'est le choque. Le contact froid du métal contre ma peau. Une douleur intense, inconnue jusqu'à aujourd'hui envie mon corps. Cela durera encore longtemps avant que le noir complet s'installe.
Aujourd'hui, j'ai trouvé la seule scène qui m'acceptera pour toujours, malgré mes défauts. Plus belle que la scène de l'opéra, le quai de la gare est devenu le théâtre de ma passion. Je m'y produis souvent en pleine nuit pour distraire quelques rêveurs qui ont perdus leur chemin. Je suis devenu danseuse...
By °me° écrit pendant un cours de musique

